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mardi 23 septembre 2008

Editorial dixit n°6, par Anthony Clement

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Nous devons préserver les lieux de la création

Jean-Luc Lagarce

dixit, atelier de création ou la parole donnée à.

Pour ce sixième numéro, la parole donnée à trois braqueurs de sens, trois poètes qui viennent maculer de rouge le drapeau blanc d’une époque en berne : l’incarnat de la honte pour Laurent Jarfer, le rouge profond de l’affliction pour Benjamin Alexandre et le rouge saignant pour Matthieu Marie-Céline qui a finalement préféré la poésie au cannibalisme.

Il est essentiel de préserver les lieux de la création comme celui que vous tenez ouvert. Il est essentiel qu’ils soient toujours ouverts. Sans en faire pour autant un défi ou un pari impossible, et risquer d’être entaché d’erreurs par de l’orgueil missionnaire, finir par se gargariser en petit comité comme cela tend à se répandre. Sans s’adonner pour autant au terrorisme artistique, revendiquer le monde entier comme le lieu de la création. Il l’est déjà. Là n’a jamais été le problème. Préservons les lieux de la création pour l’échange, pour le partage des inquiétudes et des sourires.

dixit encore, n°6, malgré le désintérêt du grand public pour la poésie (reste le petit public), malgré les lois comptables, pour la parole, son élan et ses secrets. Pour un monde interpole.

lundi 22 septembre 2008

Laurent Jarfer - Présentation

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1 : Il est absolument certain que Laurent Jarfer se moque éperdument de la dramatologie, car c’est une science de lâches qui n’a jamais permis autre chose que de montrer aux foules la vie qu’elles ne pourront jamais se payer. Ceci est vrai pour toutes démonstrations. Sauf dans le cas explicite où cette science permet de péter les durites cérébrales de personnes qui n’avait rien demandées. Il est observable que le cas « Laurent Jarfer » agit souvent de la sorte lorsqu’il ressuscite Artaud en sacrifiant sa bouche et un piano sur la scène, comme si le son derrière le son nous appelait pour nous montrer un truc que nous ne soupçonnions pas.

2 : Il est tout autant certain que Laurent Jarfer ne fera jamais de littérature, car en vingt-cinq siècles de civilisation occidentale, nousne sommes jamais arrivés à prouver que cette technique de langue servait à autre chose qu’à draguer les étudiantes névrosées de Lettres Modernes. Ceci est vrai pour toutes démonstrations. Sauf dans le cas explicite où cette pratique participe de la manifestation universelle de l’être historique comme « activité naturelle de production technique d’un objet beau, réalisée « sous le forme » de langage par des hommes, produisant alors une vérité à propos d’un temps vécu ». Il est observable que le cas « Laurent Jarfer » agit souvent de la sorte lorsqu’il hurle ses textes, comme s’il voulait réparer l’assassinat de la liberté par les services secrets de la Fédération de Russie.

3 : Remarquons qu’il est indubitable que Laurent Jarfer ne deviendra jamais un poète, car il est impensable qu’un homme qui consacre sa vie aux muses partage le sort des travailleurs immigrés du bâtiment – Dostoïevski ne se lit quand même pas avec un marteau, jeunes gens !!! Ceci est vrai pour toutes démonstrations. Sauf dans le cas explicite où la parole est l’arène du corps, ainsi que dans le cas où le corps est l’arène de la parole, et qu’il est alors question de brouiller les pistes, afin que le chasseur de sens ne soit pas lui-même chassé par les dépositaires de copyrights. Il est observable que le cas « Laurent Jarfer » agit souvent de la sorte lorsqu’il réalise son poème en le tricotant devant des inconnus, comme s’il s’agissait pour lui de faire connaître le mythe à des européens acculturés.

Conclusion : cet homme est intéressant, il faut le lire.

Pierre-Ulysse Barranque

Benjamin Alexandre - Présentation

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dans sa couleur,
danser ce corps
pour en étancher la soif
lire l’arabesque,
l’ébruiter
à contre-tempo
puisque souple
de ce corps
qui danse

ils ont coffré la Garonne, et tu rentres au pays, tu reviens cogner ton poème à la brique, ou l’enterrer dans la turbulente, l’incendier d’avec la verticale de l’eau ; il y a là la table qui penche et un morceau de pain, désertant les sillages évidents du chiffre, tu veilles sur la source aveugle de ta parole, tu me maintiens captif ; on verse un dernier vin pour y puiser la danse, le plus court chemin où baptiser nos mains gauches, notre église en feu ; un livre tourne le dos à la poésie, ta voix ébauche une bouche au pluriel, et tu me parles d’un ami que nous allions voir fouler les fantômes, que nous allions voir s’étrangler, à son tour ; il a dû partir avec l’été, emmener son sourire au loin ; restent trois chaises, et voilà midi qui nous affame ; je te dis qu’il pleut sur ton poème l’enfant en crue, quelque caillou dans la gorge, tu m’apprends à mieux me taire ; une des chaises est vide, elle voûte le sentier, elle creuse ; un miroir git sur la table, un autre ami refuse la chaise vide, il préfère nous regarder manger une étoile —— un festin pour, avec toi, tutoyer l’au-bord du chaos, la saillie du verbe et l’épaule blessée du silence ;

ils ont coffré la Garonne, tu rentres au pays, et je te salue, toi qui vas, une pierre identique à la mienne dans le ventre,

Pierre Hunout

Benjamin Alexandre - Marigny (rewind)

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1.
cela fait maintenant sept jours
que je ne dors pas
sept jours que j’aiguise ma soif
sur tous les rebords de fenêtres
sept jours que je sucre mon café
avec les copeaux d’un sommeil
absent

2.
je t’écris au do d’un c.v
au dos d’une vie
rectifiée
rectiligne
je t’écris sur des vertèbres
tracées à l’équerre
non plus entre
mais au dos des lignes

3.
cela fait maintenant
une semaine
que je ne dors plus
et que je laisse s’accumuler
à côté de mon linge
un petit tas d’heures sales
sous l’évier

4.
tailleur de poutres
boxeur de nuit
ou bien
tailleur de nuit
à la solde d’une poutre
sans corde ni...
peu importe
cela fait maintenant
une semaine que je me survis

5.
aujourd’hui
et pour la première fois
depuis
j’ai regardé un fruit
avec mes dents
et j’ai envié ta machoire
j’aurais voulu te mordre
et te mordre encore
jusqu’à ce que mes dents saignent
(j’aurais voulu que tu me mordes)

6.
je me suis déshabillé
pour t’écrire
je voulais sentir
toutes les lettres se former
sous ma peau
je voulais les voir éclater
à la surface
comme autant de portes sur le vide

7.
cela fait maintenant sept jours
que je masturbe les néons

8.
j’ai beau mouiller l’encre
la frotter au citron
plus rien n’apparait
désormais
qu’un silence
un silence
que je voudrais enfouir
dans mon ventre
jusqu’à ce que tu l’avortes

Matthieu Marie-Céline - Présentation

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Et que penseriez-vous dire d’un poète déguisé en ami ? de cette rencontre où, déguisé en poète, il est devenu votre ami ?
Qu’il ne recherche pas d’autres poètes. Pas même dans les marchés de la poésie. Les poètes recherchent des amis. Matthieu. Des amis à écrire. D’écriture. Matthieu. L’amitié est la plus grande poétesse. Souviens-toi, c’était tard dans le jour. Nous rendions poétique. Benjamin.
Que penseriez-vous dire d’un ami déguisé en poète ?
Que rien ne s’y déguise. Que tout poétise en lui. La crainte sous le bon diagnostique du monde. L’émotion sous l’ambition raisonnable


et perce le jour

le cap de Bonne-Espérance sous le vers. Et l’ami et le poète. Le grand frère. Tout poétise. L’amoureux sous le fantaisiste. Généreux. Matthieu. Le fumiste sous l’appliqué. Je dis que tu lances des pavés dans le soleil. Que ta révolution se situe bien au-dessus des sépultures où slogans et rimes dévorent les vers de terre. Ensevelis. Que l’été des mots t’attend. Ici et là-bas, où l’ambré rie au nez du noir et du blanc. Je dis que l’hiver tu pioches. Dans une ville en tapis de sol…

hostile

charnier de l’époque neuve

Je dis que tu donnes aux poètes l’envie de lire des amis. Et à l’inverse, donné à lire, en entendre. Aujourd’hui, tu ne manques plus de relation avec le lectorat. Il est là, impatient que j’en finisse.

Voici une poésie de la nécessité. Un coup de couteau dans la toile, dans le goudron. Une brèche où l’on y jette des graines. Car plus le temps de cultiver. Prenez garde ! La culture inconsidérée peut vous sauter à la gorge sans raison. Prenez le temps. Matthieu. Poète. Braqueur de temps, dans sa collecte pléonastique d’émotions poétiques.

Voici une sélection de poèmes comme un corps décomposé. Une démarche en marche. Un ensemencement.

Anthony Clément

Matthieu Marie-Céline - Extraits

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le crâne de l’homme dans la main de l’homme le corps un tronc sans tête assis par là à peine capable d’osciller de droite à gauche de gauche à droite un crâne rictus aux lèvres essuie avec ses mains la saignante transpiration

...

des boîtes encore des boîtes des boîtes
pour se déplacer de a à b
(tous les tracés de a à z et surtout au delà préexistent à l‘infini)
pour
se stocker sous toutes les formes possibles - le cerveau humain regorge d’imagination, c’est affolant -
s’auto-baiser la gueule même
quand ça (ne) sert plus à rien des boîtes quand
on est mort
pour se donner un genre quoi
pour la richesse intérieure, la caresse
au dehors - pour l’identité
des boîtes pour se définir pour
correspondre
à tel ou tel format pour être conforme voire juste
dans sa consommation de lui-même le genre humain

...

des bouts de soi nous reste t-il entre les
dents
revers méchants et dents
méchantes
ne rien craindre plus que
son humanité faillible même
ouvrir la bouche et s‘emplir les poumons
d’un air proprement matériel et sien cet air jusque où jusque
quand des bouts de chair à l’épicentre
abreuvent le cannibalisant

...

le monstre en coulisse de chacun est
l’
extraordinaire de chacun
plus grand plus digne et terrible plus terrible et digne
lorsqu’on est le même
il est au delà
il existe par tout le monde mais il se tait
longtemps
dans sa boîte de pandore
(
à toi qui devrais attendre qu’on te demande ton avis