AàA: Appel à Auteurs

Soucieux d'élargir les rangs de son orchestre verbivore, le collectif de poètes dixit est à la recherche de nouvelles voix. Alors, que votre tessiture soit électrique, végétale ou baroque (qu'importe le timbre, pourvu qu'il y'ait ivresse!), n'hésitez pas à vous manifester sur notre boîte mail : collectifdixit@gmail.com ou par voie postale à l'adresse suivante: Service de Gestion des Manuscrits, Association Dixit, 6/8 place du Pont-neuf, 31000 ToULoUSe!
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dimanche 16 septembre 2007

Pierre Hunout



Toi,

toi, qui tutoies la révolte jusqu’à en faire une demeure où loger ta langue, à jamais réfractaire, à jamais assoiffée ; toi, qui t’es départi de ton corps pour en faire le versant de ce poème inachevé qui tremble encore sur le sentier des mémoires ; toi, dont la langue exilée défriche sans jamais déchiffrer le mouvement souterrain de la colère pour qu’il devienne secret palpable sous la lumière du jour ; toi, dont le plexus resté solaire irise de sa marche les courants opposés ; toi, qui rassembles, à l’intérieur d’une pierre, les trois visages du souffle pour jeter à la face du siècle nos singuliers mirages ; toi, qui fais de chacun de tes mots un pays, ou mieux encore, un isthme dans lequel aucun drapeau ne viendrait troubler la course du vent ; toi, qui scindes la matière en deux pôles pour que les miroirs s’égarent et se rencontrent enfin ; toi, qui cherches désespérément à te ressembler quitte à ne plus te reconnaitre et qui trouves dans l’ombre de quoi solder ton vertige,

je te salue et fais mienne ta révolte que j’emporte dans mon ventre comme une pierre que je ne saurais, ni ne voudrais digérer.


Benjamin Alexandre, Toulouse, juin 2007


vendredi 14 septembre 2007

Simon Jarder-Ange



Ce n’est jamais dans un livre que naît le poète, mais avec une langue, une langue de terre entre deux eaux. Partant, le faire advenir est habiter un lieu-dit, une transition pour allonger le corps ; non celui du texte, mais le corps intègre, son expression. Déjà, la voix se cache dans la matière, la matière érode la présence. Et en peu de mots, Simon Jarder-Ange ne parle jamais d’autre chose, pour s’éconduire, pour continuer à être, unique et hors du souvenir, un lieu de tûtoiement (p. 107). Au cours de la traverse, puis de nox, il ne s’écarte que rarement de cette frontière à travers laquelle il s’appartient. Un corps dérivé, mais ébréché malgré tout, mais inclu cependant.

Entre France et Portugal, de Lisbonne à Paris, c’est au contact de l’autre, au contact de sa langue dans la langue, qu’il affronte la porte et la fenêtre, comme on entre en substance. C’est en faisant courir l’air par la nécessaire infraction qu’il tente à évaporer le livre.

A son écoute, la partition du corps et de la terre n’a d’autre alternative que l’effacement. Ce faisant il se heurte, ou pour reprendre les quelques mots qu’il me confia récemment : « Alguém quereria falar, apesar de uma localização mal definida, e é incensamente preciso que se encontra em frente, bem como a evidência, ou pelo menos, precisamos procura-lo até que não tenha pé nem cabeça »1.

Ici il naquit, à rebours.


Pierre Hunout, Lisbonne, Mai 2007

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1 Quelqu’un voudrait parler, malgré une localisation mal définie, et il faut sans cesse qu’il se trouve en face, comme l’évidence, ou au moins, nous avons besoin de le chercher jusqu’à ce que celà n’ait ni queue ni tête.